(Je précise, j'aime écrire des textes déprimants mais c'est pas pour ça que je suis déprimée, je trouve juste que c'est le genre qui est le plus facile à écrire pour moi
)Au début, c’était une simple discussion sur quelque chose de quelconque, avec une personne totalement quelconque. Et puis au fil des jours et du clavier, cette personne quelconque est devenue plus que cela : elle était devenu quelqu’un. Elle existait et la faisait exister. Des semaines passèrent, et d’une personne existante elle passa au rang de la personne pour qui on existe. Comme ça, sans qu’on se rende compte.
Il méritait bien des égards, puisque c’était la personne pour qui on existe. Et puis c’était si simple de remettre son existence entre les mains d’une tierce personne plutôt que de la conserver maladroitement et d’essayer d’en faire bon usage. L’espace de quelques temps, lui et elle n’existaient plus que pour l’autre, parfois même ils cessaient d’exister en-dehors de ces conversations. Surtout elle. Elle était devenue aussi creuse avec les autres qu’une cruche poussiéreuse, trop longtemps oubliée dans un placard.
Et puis un jour, il n’y eu plus de conversation. D’un même coup, toute existence avait disparue sans laisser de trace. C’est une pâle image qui déambulait dans les couloirs du temps, espérant seulement qu’un jour il y aurait une autre conversation. Et cette situation durait, et plus elle durait et plus elle s’emmurait derrière un tas de questions sans réponse et le peu d’existence qui lui restait, c’est-à-dire la force de boire, manger, dormir. Plus les temps passèrent, plus elle voulue se persuader qu’elle pourrait reprendre son existence aussi facilement qu’elle la lui avait confiée. Elle décida donc de continuer à boire, manger, dormir, mais avec ce petit plus qui était sa certitude qu’elle était quelqu’un d’entier malgré tout.
Et puis une nuit, ou plutôt très tard dans la soirée alors que la Lune osait à peine pointer le bout de son croissant, la conversation reprit avec un vague « salut ». Avec ce simple mot, il venait de récupérer l’existence si jalousement gardée pendant tout ce temps. Elle sentit son estomac faire un bond et son cœur accélérer dans l’espoir de reprendre comme « avant ». Et puis trois mots s’ajoutèrent au premier avec tellement d’indifférence qu’on aurait cru qu’il parlait une autre langue. A ce moment, elle sentit son existence se briser d’un coup.
Irrécupérable. Irrécupérable la certitude d’être maître de soi-même. Irrécupérable l’espoir d’un hypothétique « avant ».
Le Temps se remit doucement en marche, s’écoulant inexorablement vers des contrées lointaines, laissant derrière lui des cœurs meurtris qui ne peuvent que souhaiter un retour au passé pour revivre le fantôme d’un bonheur qui s’achèvera à tous les coups sur une blessure bien moins superficielle. Souvent, on dit que l’on serait capable de tout faire pour revivre un seul instant, une seule seconde. Mais souvent aussi, on oublie que cela nous enfoncera encore plus et finira par nous rendre prisonnier d’un espace intemporel qui n’a fait que passer et disparaître au loin.
Alors, comme elle n’avait pas le choix, elle a continué à marcher aux côtés du Temps tout en consultant les annales de ce passage de sa vie où subsistent encore une toute petite partie de son existence appelé « souvenirs ». Les mois passèrent, puis les années, et petit à petit ses souvenirs s’érodaient au contact du Temps qui ne laissa dans les annales qu’un amer goût de sable désagréable. Les souvenirs s’en furent faussés et perdus à jamais dans un gigantesque sablier. Une goutte de plus parmi les pluies. Ainsi, elle put vivre comme elle l’entendait sans même se rappeler ce qu’il avait osé lui faire. Et pourtant, parfois elle lève les yeux au ciel et ne peut s’empêcher de se demander pourquoi elle se sent vide de toute existence. Comme une amnésique qui aurait perdu son identité dans un tragique accident dont elle ne peut se souvenir. De quoi devenir folle de rage.